Wimbledon : Muchova-Noskova, la finale 100% tchèque que personne n’avait cochée

Rédigé le 10/07/2026
Stéphane Roy

Samedi, sur le Central de l'All England Club, une Tchèque soulèvera le Rosewater Dish. Reste à savoir laquelle. Karolina Muchova, 29 ans, l'artiste au toucher de velours cabossée par les blessures. Ou Linda Noskova, 21 ans, quasi injouable sur gazon depuis deux saisons. Un premier Grand Chelem pour l'une comme pour l'autre.

Il fallait oser la parier, celle-là. Aucune tête de série du top 5 en finale, deux joueuses issues du même pays, et un trophée qui restera à Prague quoi qu'il arrive. Après Marketa Vondrousova (2023) et Barbora Krejcikova (2024), la République tchèque s'apprête à décrocher son troisième sacre en quatre ans à Wimbledon. « C'est presque devenu une tradition », a souri Noskova, à peine sortie de sa demi-finale.

Muchova, le talent et les cicatrices

Neuvième mondiale, Muchova coche à peu près toutes les cases du tennis de gazon : volées plongeantes, coups joués dos au filet, amorties suivies de lobs. Une palette rare, saluée jusque dans les vestiaires. Sabine Lisicki, finaliste ici en 2013, estime que son toucher de balle est taillé pour la surface. Caroline Wozniacki, elle, dit simplement adorer la regarder jouer.

Sa saison ? La meilleure de sa carrière, sans discussion. Un premier WTA 1000 à Doha en février, un premier titre sur herbe à Bad Homburg juste avant Londres. Et déjà une finale majeure au compteur — Roland-Garros 2023, perdue en trois sets face à une Iga Swiatek alors intouchable sur l'ocre parisien.

Sauf que le corps a longtemps freiné la native d'Olomouc. Opérée du poignet droit, absente du circuit de septembre 2023 à juin 2024. Puis contrainte, une bonne partie de la saison 2025, de jouer son revers à une main à cause d'une douleur au poignet gauche. Jeudi encore, contre Coco Gauff, on l'a vue grimacer et se masser l'abdomen dans le super-tie-break. Fausse alerte, à l'en croire : un simple point de côté, le souffle coupé, rien de plus. L'Américaine, beau joueur, a jugé que son talent méritait mieux que trois titres WTA.

Noskova, la reine discrète du gazon

En face, une gamine de 21 ans qui gagne sans faire de bruit. Douzième mondiale, premier titre sur herbe à Berlin en juin, quatre têtes de série sorties dans ce tableau — dont Madison Keys, lauréate de l'Open d'Australie 2025. Et une statistique qui dit tout : sur les deux dernières saisons, personne n'a remporté plus de matches qu'elle sur gazon (19) sur le circuit WTA.

Elle-même semblait presque étonnée après avoir écarté la coriace Ukrainienne Marta Kostyuk. « On ne peut jamais planifier le succès », a-t-elle lâché, se disant « fatiguée mentalement » au terme d'un printemps sur terre battue qu'elle qualifie de désastreux — élimination d'entrée à Roland-Garros par Maria Sakkari, actuelle 43e mondiale.

Le dur lui réussit aussi (quarts à Melbourne en 2024, finale du WTA 1000 de Pékin en 2025). Mais face à Muchova, la droitière née près de la frontière slovaque n'a encore rien gagné : un seul duel, un seul revers, au troisième tour du dernier US Open.

Elles se connaissent, pourtant. Le double olympique disputé ensemble à Paris en 2024, terminé au pied du podium, les avait rapprochées malgré les huit années d'écart. Jeudi, elles ont même partagé un entraînement sur le Central — une pelouse que ni l'une ni l'autre n'avait jamais foulée avant cette semaine.

Samedi, il n'y aura plus de partage.