Ancien joueur professionnel et entraîneur de tennis, Stéphane Matheu observe avec enthousiasme la génération qui a pris la relève du Big 3. Entre la créativité de Carlos Alcaraz, l'impressionnante régularité de Jannik Sinner et le mental construit au fil des années par Novak Djokovic, le manager du Team Winamax nous livre son regard sur les nouveaux patrons du circuit.
Pendant des années, une question a accompagné la domination de Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic : à quoi ressemblerait le tennis une fois ces monuments progressivement éloignés du devant de la scène ? Pour Stéphane Matheu, passé par le circuit professionnel avant de devenir entraîneur puis de se consacrer notamment à l'accompagnement mental, la réponse est désormais évidente. La relève est bien là, portée en premier lieu par Carlos Alcaraz et Jannik Sinner.
"Les deux, c'est eux qui ont pris un peu la relève du Big 3 ou du Big 4 qu'il y avait avant", nous explique-t-il à l'occasion du Winamax Poker Open. Entre les deux hommes, Matheu ne cache d'ailleurs pas sa préférence : "Moi, je suis méga fan d'Alcaraz, personnellement. Il me fait plus rêver que Sinner parce que je trouve qu'il est plus créatif, il est plus spontané." L'Espagnol le séduit par sa capacité à inventer sur le court, à "créer des situations" et à produire des coups inattendus.
Alcaraz l'artiste, Sinner la machine
Cette créativité s'accompagne toutefois d'une certaine irrégularité. Matheu souligne qu'Alcaraz peut connaître "des trous pendant deux ou trois jeux" avant de repartir de l'avant et de produire à nouveau des séquences spectaculaires. Sinner lui donne une impression presque opposée. "C'est le mec, il est pied au plancher du début à la fin", s'enthousiasme l'ancien joueur français, impressionné par sa capacité à maintenir la qualité de ses frappes et de ses déplacements.
C'est justement cette opposition qui rend leur rivalité aussi captivante à ses yeux. D'un côté, Sinner et son implacable régularité, décrit par Matheu comme "une espèce de mec qui joue comme un robot [...] il ne rate rien". De l'autre, un Alcaraz capable de fulgurances extraordinaires mais également de davantage de passages à vide. "L'opposition entre les deux, elle est fabuleuse."
Et derrière eux, Matheu voit déjà émerger une nouvelle vague. "Il y a quand même une belle relève qui arrive. Il y a beaucoup, je trouve, de mecs entre 18 et 20 ans qui arrivent avec des vraies identités." Alors que certains redoutaient un immense vide après l'ère Federer-Nadal-Djokovic, il constate finalement l'inverse : "On disait : le tennis va devenir nul quand les autres vont prendre leur retraite. En fait, ça ne devient pas du tout nul. Il y a une vraie relève qui arrive et c'est de nouveau fun."
Djokovic, un mental qui s'est construit
Matheu reste néanmoins fasciné par l'ancienne génération, et notamment par Novak Djokovic, dont la force mentale est devenue l'une des marques de fabrique. Une qualité qui, selon lui, n'a rien d'inné : "Pour l'avoir étudié, Djokovic n'a pas toujours été fort mentalement comme ça, de même que Federer."
Il se souvient notamment d'un Djokovic arrivé derrière Federer et Nadal, alors déjà installés au sommet. Là où beaucoup auraient pu accepter cette hiérarchie, le Serbe affichait une conviction différente : "Lui, il est arrivé en disant : 'Moi, je vais les battre, ces types.' Les gens l'ont pris pour un fou au début." Pour Matheu, la suite de son parcours illustre parfaitement une conviction qui accompagne aujourd'hui son travail auprès des sportifs et joueurs de poker : le mental se développe et s'entraîne. Djokovic a lui aussi dû apprendre, travailler et faire preuve de résilience avant de devenir le joueur capable de renverser les situations les plus compromises.
De Djokovic à Sinner en passant par Alcaraz, les profils sont radicalement différents. Mais pour Stéphane Matheu, ils racontent finalement la même chose : le tennis n'a pas cessé d'être passionnant avec la fin progressive du Big 3. Il a simplement changé de visages.
